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Frais de séjour à l’hôpital : un poste à comparer pour choisir sa mutuelle, vraiment ?

Sur un tableau de garanties de complémentaire santé, la ligne frais de séjour affiche parfois 100 %, parfois 300 %, parfois davantage. De quoi croire qu’un contrat qui promet plus vous protégera mieux en cas d’hospitalisation.

Prendre un temps d'échange

Rédigé par

Nicolas Neyret
Nicolas Neyret Co-fondateur, courtier-conseil
Wilfrid Millet
Wilfrid Millet Co-fondateur, docteur en droit de la protection sociale

Publié le

C’est une illusion d’optique, et elle mérite d’être démontée : en secteur conventionné, ce poste est intégralement couvert dès 100 %, et tout ce qui s’affiche au-delà ne rembourse rien de plus. Comprendre pourquoi, c’est comprendre où se joue vraiment le reste à charge à l’hôpital.

EN BREF

Les frais de séjour couvrent l’hébergement et les soins de l’établissement pendant une hospitalisation, à ne pas confondre avec les honoraires des médecins, la chambre particulière ou le forfait journalier hospitalier. Dans un hôpital public ou une clinique conventionnée, ils sont remboursés à 80 % par l’Assurance maladie, le ticket modérateur de 20 % restant étant intégralement couvert par un contrat responsable. Sur une base de remboursement opposable, sans dépassement possible, 100 % de cette base suffit à ne laisser aucun reste à charge sur ce poste. Afficher 200 ou 300 % sur les frais de séjour en secteur conventionné ne rembourse donc rien de plus : c’est un critère de comparaison sans portée réelle. Le vrai enjeu d’une hospitalisation se joue ailleurs, sur les honoraires des praticiens et la chambre particulière.

Que recouvrent exactement les frais de séjour, et que ne recouvrent-ils pas ?

Avant de trancher la question de la comparaison, il faut savoir précisément de quoi l’on parle, car peu de postes sont aussi mal délimités dans l’esprit des assurés. Les frais de séjour désignent la prise en charge, par l’établissement, de votre hébergement et des soins qui vous y sont dispensés : le plateau technique, le personnel soignant, les médicaments administrés, la logistique du séjour. C’est la facture de l’établissement en tant que structure de soins.

Trois postes en sont soigneusement distincts, et c’est de leur confusion avec les frais de séjour que naissent la plupart des malentendus. Les honoraires des médecins, d’abord, qui rémunèrent l’acte du praticien lui-même. La chambre particulière, ensuite, prestation de confort jamais prise en charge par l’Assurance maladie, facturée en euros par nuit. Le forfait journalier hospitalier, enfin, participation forfaitaire aux frais d’hébergement, de 23 € par jour, qui obéit à ses propres règles.

Les honoraires méritent qu’on s’y arrête, car leur traitement diffère radicalement selon l’établissement, et c’est l’une des clés du reste à charge hospitalier. À l’hôpital public, les médecins sont « salariés » de l’établissement : leurs honoraires ne vous sont pas facturés à part, ils sont intégrés dans les frais de séjour, aux tarifs conventionnés, sans dépassement. En clinique privée à but lucratif, au contraire, les praticiens exercent en libéral et facturent leurs honoraires séparément de la note de la clinique ; s’ils relèvent du secteur 2, ces honoraires peuvent comporter des dépassements, parfois lourds. Les établissements privés d’intérêt collectif se rapprochent, sur ce point, du modèle public.

Une exception brouille toutefois cette ligne de partage, et il faut la connaître avant une intervention programmée : certains praticiens hospitaliers sont autorisés à exercer une activité libérale au sein même de l’hôpital public. Dans ce cadre, ils peuvent facturer des honoraires avec dépassements, exactement comme en clinique. Le statut de l’établissement ne suffit donc pas toujours à garantir l’absence de dépassement : c’est le statut sous lequel le praticien vous prend en charge qui compte.

Les frais de séjour, ce sont les murs et le plateau technique. Les honoraires, c’est la main du chirurgien. Confondre les deux, c’est comparer les mauvaises lignes d’un contrat.

Cette distinction n’est pas académique : elle commande toute la suite. Car les frais de séjour, en secteur conventionné, obéissent à une tarification encadrée, tandis que les honoraires, eux, peuvent s’envoler. Un contrat de complémentaire santé se juge sur sa capacité à absorber ce qui peut déraper, pas sur sa générosité affichée là où rien ne dérape jamais.

Quelles catégories d’établissements existent, et lesquels sont conventionnés ?

Le paysage hospitalier français se répartit en grandes familles, dont le statut détermine la façon dont vos frais de séjour sont facturés et remboursés. Un mot de vocabulaire s’impose au passage : le conventionnement d’un établissement n’a rien à voir avec le secteur 1 ou 2 d’un médecin. Un établissement conventionné est un établissement lié à l’Assurance maladie par une tarification opposable (un médecin de secteur 2 peut parfaitement exercer dans un établissement conventionné).

On distingue, pour l’essentiel, les établissements publics de santé (centres hospitaliers, centres hospitaliers universitaires), les établissements privés d’intérêt collectif à but non lucratif, les cliniques privées à but lucratif conventionnées, et une poignée de cliniques privées non conventionnées. La quasi-totalité des établissements où vous serez pris en charge relèvent des trois premières catégories, toutes conventionnées. Le tableau ci-dessous résume ce qui change, du point de vue de vos frais de séjour.

Type d’établissementBase de remboursement des frais de séjourReste à charge sur les frais de séjour
Hôpital public (CHU, centre hospitalier)Base opposable (tarif journalier de prestation)Aucun ; honoraires des médecins inclus, hors activité libérale
Établissement privé d’intérêt collectif (ESPIC, à but non lucratif)Base opposable (tarif journalier de prestation)Aucun ; honoraires le plus souvent inclus
Clinique privée conventionnée (à but lucratif)Base opposable (tarif national du séjour)Aucun sur les frais de séjour ; honoraires facturés à part, vigilance dépassements
Clinique privée non conventionnée (rarissime)Tarif d’autorité, très inférieur aux prix pratiquésPotentiellement très élevé, mal couvert par tout contrat

L’enseignement du tableau est net : dans les trois premières lignes, celles qui couvrent l’immense majorité des hospitalisations, les frais de séjour reposent sur une base de remboursement opposable, sans dépassement possible. Le reste à charge s’y limite au ticket modérateur, que le contrat responsable prend en charge. Seule la dernière ligne, marginale, échappe à cette logique.

Comment sont remboursés les frais de séjour en secteur conventionné ?

Dans un hôpital public ou une clinique conventionnée, l’Assurance maladie prend en charge vos frais de séjour à hauteur de 80 %. Les 20 % restants constituent le ticket modérateur, premier étage du reste à charge, que votre complémentaire a précisément vocation à couvrir. Un contrat responsable a d’ailleurs l’obligation de le rembourser intégralement : dès lors que votre contrat est responsable, ce ticket modérateur ne vous coûte rien.

Dans plusieurs situations, la prise en charge grimpe même à 100 %, et le ticket modérateur disparaît entièrement : c’est le cas, notamment, d’une hospitalisation liée à une affection de longue durée pour les soins en rapport, à partir du sixième mois de grossesse, en cas d’accident du travail, au-delà du trente-et-unième jour de séjour, ou lorsqu’un acte lourd déclenche le forfait sur les actes lourds. Votre complémentaire n’a alors, sur ce poste, aucun ticket modérateur à couvrir. Ces cas d’exonération sont fréquents à l’hôpital, et ils réduisent encore la portée d’une surenchère de garanties sur les frais de séjour.

La base sur laquelle se calcule ce ticket modérateur varie selon le type d’établissement, sans jamais rompre la logique opposable.

Dans le public et les établissements d’intérêt collectif, elle repose sur un tarif journalier de prestation, désormais encadré par une tarification nationale journalière des prestations entrée en vigueur en 2022, qui harmonise progressivement des montants auparavant fixés établissement par établissement.

Dans les cliniques privées à but lucratif, elle repose sur le tarif national du séjour. Dans les deux cas, aucune surfacturation des frais de séjour n’est possible : le tarif est administré.

Ce point est décisif pour la suite. Puisque la base est opposable et que le ticket modérateur en représente un pourcentage fixe, couvrir 100 % de cette base revient à couvrir l’intégralité des frais de séjour. Il n’existe, sur ce poste et en secteur conventionné, aucune tranche supplémentaire à rembourser au-delà de ces 100 %.

Faut-il comparer ce poste pour choisir sa complémentaire ?

La réponse est non, et il faut le dire sans détour, car le marketing des complémentaires entretient l’illusion inverse. Sur les frais de séjour en secteur conventionné, un contrat qui affiche 100 % de la base de remboursement et un contrat qui en affiche 300 % remboursent exactement la même chose : le ticket modérateur, soit la totalité de ce qui reste à votre charge. Le pourcentage supérieur ne finance rien, faute de dépassement à absorber.

Un contrat qui promet 300 % sur les frais de séjour habille un poste déjà entièrement couvert, pour détourner votre regard de celui qui compte vraiment.

Ce constat n’est pas une opinion, c’est une conséquence arithmétique de la tarification opposable. Il conduit à un principe de lecture simple : sur la ligne frais de séjour, la seule chose à vérifier est la présence d’une prise en charge à 100 %, ce qui est acquis dès lors que le contrat est responsable. Tout affichage supérieur relève de l’argument commercial, pas de la protection réelle. L’exemple ci-dessous le met en chiffres.

Exemple chiffré : deux contrats, un même séjour, le même résultat

Vous êtes hospitalisé trois jours dans une clinique conventionnée pour une intervention programmée. La part frais de séjour, facturée sur la base de remboursement de l’établissement, laisse un ticket modérateur de 20 % à couvrir. Comparons deux contrats individuels responsables.

Le premier affiche 100 % de la base de remboursement sur les frais de séjour. Le second en affiche 300 %, argument commercial à l’appui. Sur les frais de séjour, les deux remboursent exactement la même chose : le ticket modérateur de 20 %, soit l’intégralité du reste à charge de ce poste. Le contrat à 300 % ne verse pas un euro de plus, parce qu’il n’y a rien de plus à couvrir : l’établissement conventionné ne pratique aucun dépassement sur ses frais de séjour.

La différence entre les deux contrats, s’il y en a une, se lira sur d’autres lignes du même séjour : les honoraires du chirurgien et de l’anesthésiste s’ils exercent en secteur 2, et la chambre particulière. C’est là, et seulement là, que le pourcentage affiché change quelque chose.

Le secteur non conventionné : le seul cas où tout se complique

Il existe une exception, mais elle est à la fois marginale et instructive. Les cliniques privées non conventionnées sont très peu nombreuses en France. Elles n’ont passé aucune convention tarifaire avec l’Assurance maladie et fixent librement leurs prix, souvent très au-dessus des tarifs de référence. Dans ce cas, vous réglez la totalité de la facture, puis l’Assurance maladie vous rembourse sur la base d’un tarif d’autorité, dérisoire au regard des sommes réellement engagées.

Le reste à charge peut alors atteindre des montants considérables. Mais ce n’est pas un problème que le pourcentage affiché sur les frais de séjour résout : là encore, exprimer une garantie en pourcentage d’une base de remboursement quasi nulle ne produit qu’un remboursement quasi nul. Le sujet, dans le non conventionné, n’est pas de surenchérir en pourcentage, c’est l’inadéquation structurelle entre des tarifs libres et un système de remboursement bâti sur des tarifs opposables. Un contrat responsable n’est tout simplement pas conçu pour couvrir ce type d’établissement, et il est prudent de se renseigner auprès de sa caisse avant toute admission dans une structure non conventionnée.

Ce cas limite confirme, par l’absurde, la démonstration : ce qui protège en cas d’hospitalisation, ce n’est jamais un pourcentage gonflé sur les frais de séjour, c’est l’adéquation du contrat aux vrais postes de dépassement.

Alors, où se joue vraiment le reste à charge à l’hôpital ?

Puisque les frais de séjour sont neutralisés dès 100 % en secteur conventionné, l’attention doit se porter là où les montants dérapent réellement. Trois postes concentrent l’essentiel du reste à charge d’une hospitalisation, et ce sont eux, non les frais de séjour, qui départagent deux contrats.

Les honoraires des praticiens, d’abord. On l’a vu, ils sont inclus dans les frais de séjour à l’hôpital public, mais facturés à part en clinique privée, où chirurgien et anesthésiste peuvent relever du secteur 2, comme dans le cadre d’une activité libérale à l’hôpital public. Un praticien non-OPTAM peut alors pratiquer des dépassements qui se chiffrent en centaines, parfois en milliers d’euros. C’est ici que le niveau de garantie, exprimé en pourcentage de la base, prend tout son sens, et c’est ici, et non sur les frais de séjour, qu’un 300 % change réellement la donne.

La chambre particulière, ensuite, jamais remboursée par l’Assurance maladie et facturée de quelques dizaines à plus de cent euros par nuit selon les établissements : un poste qui se couvre par un forfait en euros, à examiner de près si le confort compte pour vous. Le forfait journalier hospitalier, enfin, dû pour chaque jour d’hébergement, que le contrat responsable couvre d’office. Le tableau de garanties se lit donc à l’envers de l’intuition : passez vite sur les frais de séjour, arrêtez-vous longuement sur les honoraires.

Ce qui pourrait évoluer

Un point mérite d’être signalé, car il nuance le tableau sans le contredire. Si le reste à charge de l’assuré sur les frais de séjour est nul avec un contrat responsable, le coût, lui, ne disparaît pas : il est supporté par la complémentaire, donc, par les cotisations versées. Or la base de calcul du ticket modérateur dans le public, le tarif journalier de prestation, a longtemps été dénoncée comme une variable d’ajustement des recettes hospitalières, avec des écarts de un à six entre établissements pour une même prestation.

La réforme engagée avec la tarification nationale journalière des prestations vise précisément à harmoniser ces montants et à mettre fin à ces disparités. Sa montée en charge progressive est à suivre, car elle influe directement sur le coût des séjours pour les complémentaires, et donc sur la trajectoire des cotisations. C’est un exemple de plus de ce principe que nous répétons : une cotisation santé n’est jamais un prix figé, c’est une trajectoire, alimentée par des arbitrages de financement qui se jouent loin du tableau de garanties.

Pour vous, la conclusion reste inchangée : sur les frais de séjour, ne payez pas pour un pourcentage qui ne vous rembourse rien de plus. Concentrez votre budget, et votre exigence, sur les postes où le reste à charge est réel.

FAQ

Frais de séjour et forfait journalier hospitalier, est-ce la même chose ?

Non. Les frais de séjour couvrent l'hébergement et les soins de l'établissement, remboursés à 80 % par l'Assurance maladie. Le forfait journalier hospitalier est une participation forfaitaire distincte aux frais d'hébergement, de 23 € par jour, jamais remboursée par l'Assurance maladie mais prise en charge d'office par un contrat responsable.

À l'hôpital public, y a-t-il des honoraires de médecin à payer en plus des frais de séjour ?

En principe non : les médecins de l'hôpital public sont salariés, et leurs honoraires sont inclus dans les frais de séjour, sans dépassement. L'exception vient des praticiens hospitaliers autorisés à exercer une activité libérale au sein de l'hôpital : dans ce cadre, ils facturent des honoraires à part, avec de possibles dépassements. En clinique privée, les honoraires sont toujours facturés séparément.

Pourquoi mon contrat affiche-t-il 300 % sur les frais de séjour si cela ne sert à rien ?

C'est un argument commercial. En secteur conventionné, les frais de séjour reposent sur une base opposable sans dépassement, si bien que 100 % suffit à tout couvrir. Un affichage à 300 % ne rembourse pas davantage sur ce poste précis : il faut regarder les lignes honoraires et chambre particulière pour juger réellement un contrat.

Les frais de séjour sont-ils remboursés à 100 % dans certains cas ?

Oui. L'Assurance maladie les prend en charge à 100 %, sans ticket modérateur, dans plusieurs situations : affection de longue durée pour les soins en rapport, maternité à partir du sixième mois, accident du travail, séjour à partir du trente-et-unième jour, ou lorsqu'un acte lourd déclenche le forfait sur les actes lourds. Dans ces cas, votre complémentaire n'a même pas de ticket modérateur à couvrir sur ce poste.

En clinique privée, les frais de séjour sont-ils plus élevés qu'à l'hôpital public ?

La logique de remboursement est la même en secteur conventionné : une base opposable et un ticket modérateur de 20 % couvert par un contrat responsable. La différence tient surtout aux honoraires des médecins, facturés à part en clinique privée et exposés aux dépassements, et à la chambre particulière. C'est là, pas sur les frais de séjour, que la facture peut diverger.

Un travailleur indépendant a-t-il intérêt à surpayer pour ce poste ?

Non. La hiérarchie des besoins invite à concentrer chaque euro de cotisation là où il a une contrepartie probable. Sur les frais de séjour, un contrat responsable à 100 % de la base ne laisse aucun reste à charge en secteur conventionné : payer davantage pour ce poste est une dépense sans effet. Mieux vaut consacrer ce budget aux honoraires et, le cas échéant, à la chambre particulière.

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