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Commission ou honoraires : comment votre courtier est-il vraiment rémunéré ?

C’est la question que tout indépendant devrait poser à son courtier, et que trop peu osent formuler : combien coûte votre intervention, et qui la paie ? La réponse tient en deux mots, commission et honoraires, mais elle ouvre un débat bien plus vaste : celui de la transparence. Voici comment fonctionne la rémunération du courtage, ce que la réglementation impose (et n’impose pas), et pourquoi nous avons choisi d’afficher la nôtre sans tabou.

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Rédigé par

Nicolas Neyret
Nicolas Neyret Co-fondateur, courtier-conseil
Wilfrid Millet
Wilfrid Millet Co-fondateur, docteur en droit de la protection sociale

Publié le

EN BREF

Un courtier d’assurance se rémunère de deux manières : la commission, fraction de la cotisation que l’assureur lui rétrocède, et les honoraires, facturés directement au client. La commission est de loin la plus répandue, et les deux modes peuvent se combiner. La réglementation impose d’informer le client de la nature de la rémunération, mais pas de son montant lorsqu’il s’agit de commissions. Au cabinet, nous affichons systématiquement le coût de notre intervention, quel que soit le mode retenu : un conseil qui gravite autour du chef d’entreprise et de l’indépendant, au même titre que l’expert-comptable ou l’avocat, doit avoir un coût connu. Car le vrai débat n’oppose pas la commission aux honoraires : il oppose les pratiques opaques aux pratiques transparentes.

D’où vient la rémunération du courtier ?

Commençons par situer les choses. Lorsque vous réglez votre cotisation de complémentaire santé ou de prévoyance, une fraction de celle-ci, la strate des frais de conseil et de commercialisation, rémunère le coût de conception et de distribution du contrat. C’est à l’intérieur de cette strate que loge la rémunération du courtier : l’assureur lui rétrocède une partie de ce qu’il a encaissé. La décomposition complète d’une cotisation, taxes, chargements et prime pure, fait l’objet d’un article dédié.

Ce point de départ dissipe une première illusion : contacter un assureur en direct ne fait pas disparaître ces frais. L’assureur s’attribue alors lui-même des frais de commercialisation pour son intervention directe, au lieu de les rétrocéder à un courtier. Vous payez donc, dans tous les cas, la distribution du contrat. La seule vraie question est de savoir ce que vous obtenez en contrepartie : un conseil personnalisé, un suivi et une défense de votre dossier dans la durée, ou un simple acte de vente.

La commission n’est pas un surcoût caché : c’est un circuit de paiement. La question n’est pas de savoir si vous payez le conseil, mais si vous savez combien il coûte.

Commission ou honoraires : quelles différences concrètes ?

Deux modes de rémunération cohabitent dans le courtage, et il faut les comprendre pour dialoguer d’égal à égal avec votre conseil.

La commission est une fraction de votre cotisation, exprimée en pourcentage, que l’organisme assureur rétrocède au courtier. Elle est prélevée à la source : vous ne recevez aucune facture du courtier, sa rémunération est fondue dans la cotisation que vous payez de toute façon. C’est, de très loin, le mode le plus répandu du marché français, et ce n’est pas un hasard : la commission lisse la charge financière du conseil sur toute la vie du contrat, elle mutualise le coût de l’accompagnement entre tous les assurés, et elle finance la disponibilité du courtier dans la durée, y compris les années où vous ne le sollicitez pas, jusqu’au jour du sinistre où sa présence devient décisive.

Les honoraires sont une facturation directe du courtier à son client, formalisée par une lettre de mission, à l’image de ce que pratiquent un avocat ou un expert-comptable. Ils rémunèrent une prestation définie : audit de couverture, appel d’offres, accompagnement sur un dossier complexe. Ils présentent l’avantage d’une déconnexion totale entre la rémunération du conseil et le contrat finalement souscrit, mais l’inconvénient d’une charge immédiate et visible, qui peut dissuader de recourir au conseil.

Et les deux se combinent parfaitement : il est possible qu’une mission ponctuelle donne lieu à honoraires tandis que le suivi courant du contrat est rémunéré à la commission. Il n’y a aucune hiérarchie morale entre les deux modes, seulement des usages adaptés à des situations différentes.

CritèreCommissionHonoraires
Qui paie, en apparenceL’assureur, qui rétrocède une fraction de la cotisationLe client, directement
Qui paie, en réalitéLe client, dont la cotisation finance la rétrocessionLe client
FormalisationConvention de distribution entre courtier et assureurLettre de mission entre courtier et client
RythmeLissée sur toute la vie du contratPonctuelle, à la prestation
Ce qu’elle finance le mieuxLe suivi dans la durée, la disponibilité, la défense au sinistreUne mission délimitée, un audit, un appel d’offres
Fréquence sur le marchéTrès largement majoritaireMinoritaire, en développement

Que dit la réglementation, et que n’impose-t-elle pas ?

Le cadre juridique de la rémunération du courtier surprend souvent nos clients, car il est moins exigeant qu’on ne l’imagine.

Ce que la réglementation impose : depuis la directive sur la distribution d’assurances (DDA), le courtier doit informer son client, avant la conclusion du contrat, de la nature de sa rémunération, c’est-à-dire indiquer s’il travaille sur la base de commissions, d’honoraires, ou d’une combinaison des deux. Lorsqu’il facture des honoraires, il doit en communiquer le montant. La directive encadre par ailleurs le commissionnement lui-même : la rémunération ne doit pas avoir d’impact négatif sur la qualité du service rendu au client, elle doit être justifiée par des critères objectifs, et les éventuels conflits d’intérêts doivent être prévenus et communiqués. L’ACPR a renforcé ce cadre par une recommandation applicable depuis 2024, qui proscrit les politiques de rémunération incitatives susceptibles de dégrader la qualité du conseil.

Ce que la réglementation n’impose pas : la communication du montant des commissions. Un courtier rémunéré à la commission n’a, aujourd’hui, aucune obligation de vous dire combien il perçoit sur votre contrat. C’est le point aveugle du dispositif, et c’est précisément là que se joue la différence entre les cabinets.

Ce débat dépasse d’ailleurs nos frontières. Les institutions européennes ont sérieusement envisagé, ces dernières années, d’interdire purement et simplement le commissionnement, avant d’y renoncer au profit d’exigences de transparence renforcées. Les pays qui ont franchi le pas offrent un retour d’expérience instructif : aux Pays-Bas, où les commissions sont interdites depuis 2010, le nombre de conseillers indépendants a régulièrement diminué, les clients modestes et moyens renonçant au conseil facturé en honoraires. Au Royaume-Uni, le régulateur s’alarme d’un déficit de conseil, une fraction réduite des adultes ayant recours à un conseil financier devenu payant à l’acte. L’interdiction des commissions, pensée pour protéger le client, a surtout réservé le conseil à ceux qui peuvent se l’offrir.

Pourquoi nous affichons notre rémunération, sans tabou

Notre position tient en une phrase, que nous avons eu l’occasion de défendre dans la presse spécialisée : on se trompe de débat en opposant honoraires et commissions, car ces deux modes cohabitent parfaitement. La vraie ligne de partage oppose les pratiques opaques aux pratiques transparentes. La rémunération par commission peut se vivre en toute transparence et sans conflit d’intérêts, dès lors que ses modalités et son taux sont communiqués au client.

C’est pourquoi, au cabinet, nos clients connaissent le coût de notre intervention, quel que soit le mode de rémunération retenu. Quand nous sommes rémunérés à la commission, la fraction de la cotisation qui nous est rétrocédée par l’organisme d’assurance est annoncée. La logique est simple : nous sommes un conseil qui gravite autour du chef d’entreprise et de l’indépendant, au même titre que l’expert-comptable, l’avocat ou le notaire. Vous connaissez le coût de chacun d’eux. Il n’y a aucune raison que le nôtre fasse exception, au seul motif qu’il est fondu dans une cotisation plus vaste. La commission n’est qu’un circuit de paiement.

Cette transparence a une contrepartie exigeante pour nous : elle doit être corrélée à la profondeur de notre intervention. Un client qui connaît notre rémunération est en droit d’en attendre la contrepartie, dossier par dossier : l’audit de situation, le recueil des besoins, la consultation large du marché, le conseil personnalisé qui pointe les forces et faiblesses de chaque offre, la souscription, puis le suivi et la défense du dossier dans la durée. C’est le devoir de conseil, cœur du métier, qui fait l’objet d’un article dédié. La transparence sur le prix appelle la transparence sur le service : les deux se tiennent.

Nos garde-fous, concrètement

  • Nous remettons systématiquement un document d’entrée en relation listant nos partenaires assureurs et la nature de notre rémunération.

  • Nous affichons dans nos études le montant de notre commission, dossier par dossier.

  • Nous refusons les défis commerciaux, conditionnant un avantage pécuniaire ou un cadeau à des volumes de souscription, qui pourraient altérer l’objectivité du conseil.

  • Il nous arrive d’intervenir pro bono, sans honoraire ni commission, quand une situation le justifie, et sans déclassement de la qualité du travail.

Un mot d’honnêteté, enfin, sur une limite du système actuel que la transparence met en lumière. Sur certains produits, le taux de commission est unique et imposé par la structure de l’offre, sans que le courtier puisse le moduler selon la charge de travail réelle du dossier. On observe ainsi sur le marché des taux moyens de l’ordre de 4 à 10 % en santé collective, pouvant grimper nettement plus haut en santé individuelle, des niveaux qui ne sont pas toujours justifiés par la charge de travail correspondante. Cette rigidité peut placer le courtier transparent dans une situation inconfortable : recommander le produit objectivement le plus adapté alors qu’il porte le taux de commission le plus élevé, en assumant que le client, qui connaît nos taux, pourrait s’interroger sur nos motivations. Nous plaidons pour que les assureurs et courtiers grossistes permettent aux distributeurs de choisir un taux de commissionnement adapté à la charge de chaque dossier, avec une granularité suffisante. La transparence du courtier appelle celle de toute la chaîne d’administration.

Ce qui pourrait évoluer

Le chantier de la rémunération de la distribution est ouvert en permanence, à Paris comme à Bruxelles, et trois scénarios se dessinent.

Le premier, le plus probable, est le renforcement continu de la transparence sans interdiction du commissionnement : c’est la ligne défendue par les autorités françaises et par les instances de place, attachées à un modèle qui mutualise le coût du conseil et le rend accessible à tous. Nous y sommes favorables, et nous irions même plus loin : une transparence imposée sur les taux de commissionnement permettrait de remettre à plat certaines pratiques et de séparer le bon grain de l’ivraie.

Le deuxième scénario, l’interdiction pure et simple des commissions, semble écarté à ce stade, et c’est heureux : outre ses effets sur la valorisation des cabinets de courtage, dont la récurrence des commissions est le socle économique, il produirait mécaniquement un déficit de conseil à l’anglaise ou à la néerlandaise, en réservant l’accompagnement à ceux qui peuvent régler des honoraires. On verrait par ailleurs émerger des mécanismes de contournement, comme la délégation du recouvrement d’honoraires lissés sur l’année, qui reconstitueraient la commission sous un autre nom.

Le troisième mouvement, plus discret, est technologique : les outils se développent pour centraliser et restituer l’information sur les commissions, et les sites des cabinets exposent de plus en plus ouvertement leurs schémas de rémunération. La transparence devient un standard de marché avant d’être une obligation légale. Les cabinets qui l’ont adoptée d’emblée n’auront rien à changer le jour où elle s’imposera à tous.

FAQ

Comment un courtier d'assurance est-il rémunéré ?

De deux manières : par commission, fraction de la cotisation que l'assureur lui rétrocède, ou par honoraires, facturés directement au client sur lettre de mission. Les deux modes peuvent se combiner. La commission est de très loin la plus répandue sur le marché français.

Qui paie réellement la commission du courtier ?

Vous, in fine. La commission est rétrocédée au courtier par l'assureur, mais l'assureur la finance avec votre cotisation. C'est un circuit de paiement, pas une gratuité : la seule question qui compte est de savoir si son montant vous est communiqué.

Mon courtier est-il obligé de me dire combien il gagne sur mon contrat ?

Non. La réglementation lui impose de vous informer de la nature de sa rémunération (commission, honoraires ou les deux) et du montant de ses éventuels honoraires, mais pas du montant de ses commissions. La communication du montant relève aujourd'hui d'une démarche volontaire de transparence, propre à chaque cabinet.

Passer par un courtier coûte-t-il plus cher qu'aller voir l'assureur en direct ?

Pas mécaniquement. En direct, l'assureur s'attribue lui-même des frais de commercialisation au lieu de les rétrocéder au courtier. Vous payez la distribution dans tous les cas ; la différence est dans ce que vous recevez en échange : un conseil comparatif et un suivi, ou un simple acte de vente.

Pourquoi la commission est-elle plus répandue que les honoraires ?

Parce qu'elle lisse le coût du conseil sur la vie du contrat, le mutualise entre les assurés et le rend accessible sans facture à régler. Les pays qui ont interdit les commissions ont vu se creuser un déficit de conseil, les clients modestes renonçant à un accompagnement facturé à l'acte.

Un courtier rémunéré à la commission peut-il rester objectif ?

Oui, à condition que des garde-fous existent : communication du taux au client, refus des incitations à produire, conseil motivé par écrit. La commission n'est pas en soi un conflit d'intérêts. L'opacité, elle, en est le terreau. C'est toute la différence entre les pratiques opaques et les pratiques transparentes.

Faites appel à un courtier, ça ne coûte pas plus cher d'être bien conseillé.

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